La première estimation publiée par l'INSEE fin juillet a apporté un soulagement mesuré : le produit intérieur brut de la France a progressé de 0,2 % au deuxième trimestre 2026, après un recul de 0,1 % au premier trimestre. La France évite donc l'entrée en récession technique, définie par deux trimestres consécutifs de baisse. Le chiffre reste toutefois légèrement inférieur à ce que l'institut anticipait encore en juin, à savoir une progression de 0,3 %.
L'essentiel en bref
- Le PIB a progressé de 0,2 % au deuxième trimestre 2026, après −0,1 % au premier trimestre.
- La consommation des ménages est repartie légèrement (+0,2 % après −0,3 %), celle des administrations publiques a accéléré (+0,4 %).
- Le commerce extérieur a contribué positivement à la croissance (+0,6 point), grâce à un net rebond des exportations (+2,6 %).
- La Banque de France a abaissé en juin sa prévision de croissance 2026 de 0,9 % à 0,5 %, et relevé sa prévision d'inflation à 2,5 %.
- Le choc énergétique lié au conflit au Moyen-Orient, déclenché fin février, reste le principal facteur d'incertitude.
Ce qui a porté la croissance au printemps
Dans le détail des comptes nationaux, la demande intérieure finale, hors variations de stocks, est repartie à la hausse. La consommation des ménages a progressé de 0,2 % après un recul de 0,3 % en début d'année, et la consommation des administrations publiques a accéléré à +0,4 % après +0,3 %. C'est toutefois le commerce extérieur qui a fait la différence ce trimestre : les exportations ont rebondi franchement, de 2,6 % après une chute de 3,1 %, davantage que les importations (+0,8 % après −0,7 %). Au total, les échanges extérieurs ont contribué pour +0,6 point à la croissance du trimestre, après une contribution négative de 0,8 point au trimestre précédent.
Cette photographie confirme un équilibre encore fragile : sans le rebond des exportations, la progression de l'activité aurait été nettement plus faible. La consommation des ménages, traditionnel moteur de l'économie française, ne retrouve pour l'instant qu'un rythme modeste, dans un contexte où l'inflation est remontée au fil du printemps.
Des prévisions annuelles revues à la baisse
Mi-juin, dans ses projections macroéconomiques, la Banque de France a sensiblement révisé son scénario pour l'année : elle n'attend plus que 0,5 % de croissance en 2026, contre 0,9 % anticipé en mars, soit une prévision quasiment divisée par deux. L'institution prévoit ensuite une reprise progressive, à 0,9 % en 2027 puis 1,2 % en 2028.
La cause principale de cette double révision — moins de croissance, plus d'inflation — tient au choc énergétique provoqué par le conflit au Moyen-Orient déclenché le 28 février 2026. La hausse des prix des hydrocarbures s'est diffusée dans l'économie, renchérissant les transports, certains services et, indirectement, une partie des prix alimentaires. En juillet, l'INSEE mesurait ainsi une hausse des prix de l'énergie de 12,6 % sur un an, et une inflation d'ensemble de 2,1 %.
Ce que cela change concrètement pour les ménages
Pour les ménages, cette configuration se traduit par un effet de ciseaux bien connu : des revenus qui progressent modérément et des prix qui accélèrent de nouveau, notamment à la pompe et sur les factures d'énergie. Le pouvoir d'achat, qui s'était redressé en 2025 avec la décrue de l'inflation, progresse plus difficilement en 2026.
Cette situation pèse aussi sur les arbitrages d'épargne. Lorsque l'inflation remonte, le rendement réel des placements les plus liquides peut se réduire, même quand leur taux nominal augmente. La remontée des taux directeurs de la Banque centrale européenne en juin, suivie de la revalorisation du Livret A à 1,7 % au 1er août, s'inscrit précisément dans ce contexte de tensions renouvelées sur les prix.
Récession évitée ne veut pas dire reprise installée
Un trimestre de rebond ne fait pas une tendance. La contribution exceptionnelle du commerce extérieur au deuxième trimestre peut se normaliser, et la demande intérieure reste convalescente. Les prochains indicateurs de consommation et d'investissement diront si la croissance de 0,5 % attendue sur l'année est atteignable.
Les risques à surveiller d'ici la fin de l'année
Trois facteurs concentrent l'attention des conjoncturistes. D'abord, l'évolution des prix de l'énergie, qui dépend étroitement de la situation géopolitique au Moyen-Orient : une nouvelle poussée des cours du pétrole dégraderait à la fois le pouvoir d'achat et les marges des entreprises. Ensuite, la politique monétaire : après la hausse de juin, le rythme d'éventuels prochains mouvements de la BCE influencera les conditions de financement des entreprises et des ménages. Enfin, la trajectoire des finances publiques françaises, dans un contexte budgétaire contraint, pourrait peser sur la demande publique qui a soutenu l'activité ce trimestre.
À l'inverse, quelques éléments jouent en faveur du scénario de stabilisation : la bonne tenue des exportations, un marché du travail qui résiste et la perspective d'une décrue progressive de l'inflation en 2027, que la Banque de France voit revenir à 1,7 %. La suite de l'année dira lequel de ces mouvements l'emporte.
Sources : INSEE, comptes nationaux trimestriels, première estimation du T2 2026, Direction générale du Trésor, flash conjoncture du 31 juillet 2026, Banque de France, projections macroéconomiques de juin 2026 et INSEE, indice des prix à la consommation, juillet 2026. Les données trimestrielles citées sont des premières estimations susceptibles d'être révisées.
Cet article est fourni à titre d'information générale et ne constitue ni une analyse financière, ni un conseil en investissement. Les données conjoncturelles sont susceptibles de révision par les instituts qui les publient.